Deux mondes

La clarté féline, où se diffractent les lumières de l’harmonie, quel saisissement dès la première page du Quatuor de Ravel selon les Klenke. Leur longue fréquentation de Mozart a épuré leur jeu, précisé leurs polyphonies, élevé leurs chants. Fabuleux simplement, et plaçant l’opus de Ravel dans le grand concert de la nouvelle musique du début du XXe siècle. Les quatre amies ne sacrifient pourtant pas la tendresse du « Très doux » de l’Allegro, ni la vigueur de l’Assez vif. Mais cette précision parfaite fait entendre les audaces de l’harmonie plus qu’aucune autre version depuis celle des Italiano.

Tout bascule dans le Très lent, vrai « Schattenhaft », sorte de petite Nuit transfigurée où se dit un conte hanté. Magie noire des quatre archets murmurant, du Dutilleux déjà ? Mais non, après le raptus façon Scarbo du Final, j’aurai voulu m’immerger dans le Deuxième Quatuor de Schönberg, sa suite logique si l’on en croit le regard des Klenke.

Elles lui auront préféré les 5 Pièces de Schulhoff, formidablement enlevées, et le Quatuor d’Erkin, strict, même dans ses usages distanciés des musiques populaires, pièce maîtresse de son catalogue des années trente dont elles n’édulcorent pas les âpres beautés. Pourtant Schönberg aurait parfaitement répondu et prolongé leur génial Ravel.

LE DISQUE DU JOUR

Maurice Ravel (1875-1937)
Quatuor à cordes en fa majeur, M. 35
Erwin Schulhoff (1894-1942)
5 Pièces pour quatuor à cordes, WV 68
Ulvi Cemal Erkin (1906-1972)
Quatuor à cordes

Klenke Quartett

Un album du label Accentus ACC30607
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Photo à la une : les membres du Quatuor Klenke – Photo : © Uwe Arens