Toute l’œuvre de Fauré. La promesse est tenue à l’exception de l’Allegro du Concerto pour violon, Warner possédant en ses divers catalogues la ressource plus que nécessaire, ayant œuvré dans la défense et l’illustration de l’univers Fauré du 78 tours au disque compact, de l’électrique au digital.
La sélection, signée Philippe Pauly, est finement établie sinon pour les opus de piano : les Nocturnes imparables d’Eric Heidsieck font certes face aux Barcarolles, album princeps du jeune Jean-Philippe Collard, les Préludes et les Valses-caprices selon Jean Hubeau faisant regretter quand même ceux de Collard (et même un peu les plus anciens de Jean Doyen) ; on ira se consoler du côté des « historiques », Fauré lui-même donnant le ton mâle, âpre en deux rouleaux, Marguerite Long lui succédant, fabuleusement sombre, et simplement géniale à force d’être chez elle, aussi dans les deux Quatuors avec les Pasquier où les amis Thibaud, Vieux et Fournier. Echo d’une tout aussi sombre splendeur par celui qui fut si peu son élève au fond : Samson François souverain de poésie dans les 2e et 4e Nocturnes, dans le Second Impromptu.
Tout de force majeur de l’édition, les mélodies, non plus le copier-coller de l’intégrale Dalton Baldwin que l’on pouvait craindre (il en reste les meilleurs moments), mais un kaléidoscope vertigineux où paraissent Rachel Yakar, Janet Baker, José van Dam, Frederica von Stade, Régine Crespin, Sir Thomas Allen, tant d’autres.
Que paraisse Camille Maurane et son baryton de chantre, tout un autre monde paraît, qui démode les modernes, question de style, et de simple français que prolongent (dans la chronologie anticipent plutôt) Charles Panzéra (l’anti Maurane, son feu ne sera retrouvé que par Bernard Kruysen), l’ardente Claire Croiza, le charme de Ninon Vallin, Bernac et Poulenc, Thill, Teyte, même Vanni Marcoux pour Le Secret que Piero Coppola accompagne du piano. Bémol en forme de regret : aucun des sillons si précieux de Noémie Pérugia, pourtant, ne serait-ce que Le Jardin clos.
Musique de chambre majoritairement autour de Jean-Philippe Collard mais sans oublier le Premier Quatuor avec Samson François et les Parrenin, et une question : pourquoi avoir préféré les Sonates pour violoncelle selon Paul Tortelier dans la gravure princeps avec Jean Hubeau plutôt qu’avec le piano symphonique d’Eric Heidsieck ?
L’orchestre selon Plasson, la Pénélope de Jessye Norman, toutes les œuvres vocales, de théâtre ou d’église, dont trois fois le Requiem, celui de Michel Corboz avec son boy soprano inoubliable, Alain Clément, et deux historiques, la prière fervente de Nadia Boulanger, la version chambriste d’Ernest Bourmauck et des forces lyonnaises surveillés de l’orgue par Édouard Commette.
Ajout majeur, Prométhée magnifié par le geste de Louis de Froment, avec la Bia de la grande Berthe Monmart, historique absolument, et qui donne envie d’aller à nouveau glaner parmi les cinq petits disques argentés reprenant les 78 tours, cette Première Sonate pour violon et piano selon Jacques Thibaud et Alfred Cortot qui nous fait regretter d’avoir si peu de Fauré sous les doigts du second, André Navarra empoignant la Première Sonate pour violoncelle, Pierre Fournier chantant de l’archet le Nocturne de Shylock, et ce saisissant Quatuor selon les Krettly, perle noire qui rend décidément curieux de leurs autres gravures.
LE DISQUE DU JOUR
Gabriel Fauré (1845-1924)
The Complete Works
Jean-Philippe Collard, Eric Heidsieck, Jean Hubeau, Pierre Barbizet, Samson François, Bruno Rigutto, Malcolm Martineau, Alfred Cortot, piano
Renaud Capucon, Itzhak Perlman, Christian Ferras, Augustin Dumay, Jacques Thibaud, violon
Jacqueline du Pré, Gautier Capuçon, Frédéric Lodéon, Paul Tortelier, Pierre Fournier, André Navarra, violoncelle
Emmanuel Pahud, Jean-Pierre Rampal, flûte
Marielle Nordmann, harpe
Marie-Claire Alain, Olivier Latry, orgue
Lucienne Renaudin Vary, trompette
Elly Ameling, Rachel Yakar, Natalie Dessay, Sabine Devieilhe, Victoria de los Ángeles, Véronique Gens, Barbara Hendricks, Régine Crespin, sopranos
Frederica von Stade, Dame Janet Baker, Claire Croiza, mezzo-sopranos
Philippe Jaroussky, contre-ténor
Nicolai Gedda, Ian Bostridge, ténor
Sir Thomas Allen, Dietrich Fischer-Dieskau, Gérard Souzay, José van Dam, Camille Maurane, Charles Panzéra, barytons
Quatuor Ebène
Quatuor Via Nova
Quatuor Pasquier
Quatuor Parrenin
Quatuor Krettly
Ensemble vocal de Lausanne
Choir of Winchester Cathedral
Ensemble vocal Audite Nova de Paris
Groupe vocal de France
La Chapelle de Québec
Ensemble instrumental de Lausanne
Orchestre de chambre de Paris
Orchestre national de la R.T.F.
Orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire
Orchestre national du Capitole de Toulouse
Orchestre national de Lille
Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
Bournemouth Sinfonietta
Sinfonieorchester Basel
Sir Thomas Beecham, direction
Michel Corboz, direction
Charles Dutoit, direction
Louis de Froment, direction
Paavo Järvi, direction
Michel Plasson, direction
Un coffret à l’iconographie soignée de 26 CD du label Erato 5054197947490
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Photo à la une : le compositeur Gabriel Fauré, travaillant à son opéra Pénélope, chez Marguerite Hasselmans – Photo : © BnF