Un écueil aura toujours guetté le Concert de Chausson, à ce jour je crois bien son œuvre la plus enregistrée. Le compositeur du Poème de l’amour et de la mer y offrait deux parties magnifiques pour le pianiste et le violoniste, attirant très tôt les supra-solistes qui, malgré toutes leurs bonnes volontés, firent pencher l’œuvre du mauvais côté.
Eric Le Sage et Daishin Kashimoto s’en gardent bien, fondant leur jeu dans le quatuor jusque dans la Sicilienne, si subtilement menée ici. Les équilibres délicats de cette partition tour à tour tragique et enchanteresse, où Chausson se dénoue du Romantisme français – on pense à Alexis de Castillon – pour s’approcher de la révolution debussyste, sont saisis avec des raffinements qui ignorent tout maniérisme. Sommet, un Grave désespéré, funèbre, qui ne s’oublie plus une fois entendu.
D’un autre temps, et autrement tragique, le vaste Quintette de Louis Vierne, écho si sombre de la Grande Guerre, aurait-il trouvé sa version majeure ? Eric Le Sage arde ses trois amis qui abrasent leurs archets, oubliant les solistes prodigieux qu’ils sont tous trois pour mieux conter les désespoirs et chanter les morts à l’ennemi.
Ecoutez seulement le Maestoso final, commencé par des fantômes, transformé en bataille, sommet d’une partition géniale.
LE DISQUE DU JOUR
Ernest Chausson (1855-1899)
Concert pour violon, piano et quatuor à cordes en ré majeur, Op. 21*
Louis Vierne (1870-1937)
Quintette pour piano,
2 violons, alto et violoncelle
en ut mineur, Op. 42
Eric Le Sage, piano
Daishin Kashimoto, violon
*Schumann Quartett
Natalia Lomeiko, violon II
Yuri Zhislin, alto
Claudio Bohorquez, violoncelle
Un album du label Sony Classical 198028426626
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Photo à la une : le pianiste Eric Le Sage – Photo : © Franck Juery